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Mêlant textes scientifiques, témoignages, photos anciennes et photos artistiques, ce livre de Luc van Dongen et Grégoire Favre retrace l’histoire de l’industrialisation et de la désindustrialisation du Valais.

Ce livre peut surprendre à première vue. Livre d’histoire ? Livre de témoignages ? Livre d’art ? Il est en fait tout à la fois !

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Fruit d’une rencontre improbable entre un chercheur du Fonds national suisse, Luc van Dongen, et un artiste, Grégoire Favre, ce livre nous fait découvrir d’une façon particulière l’histoire de l’industrialisation et de la désindustrialisation du Valais. Luc van Dongen apporte à l’ouvrage la rigueur du chercheur. Grégoire Favre apporte le regard artistique sur ce monde ouvrier, mais surtout, il lui donne vie grâce aux nombreux témoignages d’ouvriers et responsables qu’il a recueilli durant plusieurs années. Au fil des pages, l’ensemble se mêle. Les textes d’historiens et scientifiques apportent des précisions aux témoignages ; les témoignages permettent de mettre des images et des émotions sur les faits historiques. Les photos anciennes nous emmènent dans le quotidien des ouvriers; les photos artistiques nous ouvrent un autre regard sur le monde industriel.





Découpé en trois parties principales – HISTOIRE, MEMOIRE(S), REPRESENTATIONS – l’ouvrage retrace l’industrialisation du Valais, de l’implantation des usines aux reventes et changements de propriétaires en passant par l’arrivée des émigrés et la grève de 1954. Une réflexion est posée sur la différence entre histoire et mémoire(s), la première étant une science tandis que la seconde peut être plurielle, émotionnelle, sélective. Un regard est porté sur l’iconographie du monde ouvrier. Finalement, les auteurs ont laissé place à la littérature, laissant à l’écrivain Jérôme Meizoz le soin de rédiger l’épilogue. L’ouvrage se concentre particulièrement sur le Valais, mais il est le reflet d’une période et de changements que bien d’autres régions ont connus. On y trouve des comparaisons et parallèles avec d’autres usines et d’autres lieux, notamment au Tessin et en France. On y revient également sur la responsabilité de certains hommes politiques et requins des finances suisses sur la vente d’Alusuisse aux investisseurs étrangers. Ce livre sera un ouvrage de référence pour les professionnels, mais il est conçu principalement pour le grand public.


Présentation du livre par les auteurs

C’est un livre rare que celui-ci, fruit d’une collaboration non moins rare entre artistes, historiens et témoins. Tout est parti d’une exposition, "La Mémoire ouvrière", présentée à Sierre à l’automne 2010. Cette exposition mettait à l’honneur celles et ceux qui ont fait la saga d’Alusuisse pendant plus d’un siècle – les ouvrières et les ouvriers – et qui continuent à la faire aujourd’hui malgré les fusions, les licenciements et les incertitudes. Le Valais est fier de ses fleurons industriels mais néglige leur histoire, étouffe la mémoire humaine, sociale et politique dont ils sont porteurs, la conflictualité qui les sous-tend. Ironisant sur le tapage qui a été fait autour de la Châtaigneraie de Fully par contraste avec le désintérêt qui frappe le patrimoine industriel du canton, le sociologue Gabriel Bender a eu ces mots incisifs : « Heureux peuple ! Enjoliveur et décorateur qui se permet de reconstruire les moulins inutiles, de sauver les fours à pain en ruine, de restaurer une châtaigneraie pour prolonger le "glorieux passé agricole" tout en faisant sauter les ponts. Dans la culture locale, l’histoire ne se conjugue qu’au passé recomposé. Elle sert rarement de lien entre un indicatif présent et un passé bien imparfait, celui du XXe siècle, conquérant et belliqueux ». 1histoire_ouvriere

Avec l’exposition La Mémoire ouvrière, on était loin des cimes enneigées des montagnes, des champs d’abricots (encore que... ah, ce sacré fluor !), des vignes (encore que... les ouvriers vignerons...), de la raclette et des clochers d’églises. C’est un autre monde qui, une fois n’est pas coutume, occupait le devant de la scène. Non le passé agricole et religieux, mais le passé industriel. Dans les vastes et magnifiques halles USEGO (des entrepôts désaffectés), il y avait pêle-mêle des portraits de travailleurs, des documents d’archives, des films montrant la destruction des bâtiments industriels, des photos sublimant la beauté du quotidien ouvrier, des livres, des peintures et des objets insolites arrachés à l’univers de l’aluminium. Les anciens d’Alusuisse ne s’y sont pas trompés, qui sont venus en nombre pour se voir et voir leur vie dans ce miroir empreint de dignité et d’empathie que leur tendait l’exposition. Ce n’est pas tous les jours que des ouvriers accèdent au rang de héros – et même de matière première à des œuvres d’art !
Et puis les historiens s’y sont mêlés. Un colloque organisé par l’Association pour l’étude de l’histoire du mouvement ouvrier (AEHMO) s’est proposé de mieux faire connaître cette réalité ouvrière et industrielle dédaignée, tout en réfléchissant aux divers enjeux de la mémoire. Par un froid après-midi de novembre, ils ont réussi à retenir dans une salle glacée des dizaines de curieux, d’étudiants, de Sierrois et même d’anciens de l’usine. Le présent livre est le prolongement de ces deux moments : l’exposition et le colloque. Il offre des éclairages historiques sur l’industrialisation du Valais – son retard, ses caractéristiques – les hommes et les femmes qui l’ont rendue possible (les ouvriers-paysans, les immigrés, les saisonniers...), les conditions de travail dans les usines. Mais il se demande également ce qu’il est advenu de ce passé dans les mémoires. La mémoire vécue des ouvriers ; la mémoire des lieux, qui avec un peu de volonté peut devenir lieu de mémoire, comme à la Maison du Peuple de Saint- Claude (un modèle de réaffectation intelligente d’édifice ouvrier, dont Chippis pourrait s’inspirer) ; la mémoire culturelle des artistes. Ce qui fait de ce livre un objet rare et précieux, c’est qu’il ose des passerelles entre les temps (passé, présent, futur) et les genres (l’histoire, la mémoire, l’art) en convoquant les ressources à la fois des historiens, des témoins et des artistes. Leur dialogue, commencé autour de l’exposition, se poursuit ici au fi l des pages. Et l’alchimie opère. Les ouvriers y livrent leur mémoire mais éclairent également l’Histoire. Les historiens parlent évidemment d’histoire, mais aussi des pièges de la mémoire et des raisons pour lesquelles certains passés ne « passent » pas dans la mémoire. Enfi n les artistes interpellent nos perceptions et nos imaginaires, en y apportant une touche de beau.

4ème de couverture

1 Gabriel Bender, « Au four et au moulin : la gestion du patrimoine industriel et agricole entre Martigny et Fully », in Werner Bellwald, Sandro Guzzi-Heeb (éds.), Un peuple réfractaire à l’industrie ? Fabriques et ouvriers dans les montagnes valaisannes, Sion, Lausanne, Payot, 2006, p. 314.




« Mémoire ouvrière » de Luc van Dongen et Grégoire Favre / Editions Monographic / Technopôle / 3960 Sierre / T. +41 (0)27 452 27 30 / Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 
 

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